Saviez-vous que la rétinopathie diabétique (RD) est la principale cause de cécité chez les Canadiens en âge de travailler? Cette situation n’est pas immuable. Grâce à un dépistage de routine, la RD peut habituellement être détectée tôt et traitée avant qu’une perte de vision ne survienne. Le problème est que l’on ne procède pas à un dépistage efficace au Canada.
En effet, de récentes études ont démontré que 53 % des personnes atteintes de diabète en Alberta ne passent pas d’examen de la vue annuel et que 34 % des personnes atteintes de diabète en Ontario n’ont pas subi de dépistage entre 2017 et 2019. Il existe très peu de données disponibles pour les autres provinces, une lacune préoccupante qui rend plus difficile de cerner les domaines nécessitant une attention accrue.
Comme dans le cas de nombreux autres problèmes de santé, les personnes confrontées aux plus grands obstacles sont aussi les plus susceptibles d’avoir des difficultés à accéder aux soins. Les populations autochtones, les personnes aux revenus les plus faibles, les nouveaux arrivants au pays, les résidents de milieux ruraux et les personnes en situation d’itinérance passent tous entre les mailles du filet en ce qui concerne le dépistage dont ils ont besoin.
L’une des principales raisons pour lesquelles les gens ne subissent pas de dépistage est que le pays ne dispose pas d’un processus permettant de recenser les personnes qui en ont besoin ou d’assurer leur suivi. Un médecin de famille ou un autre professionnel de la santé peut recommander à un patient de subir un dépistage annuel, mais il incombe à cette personne de trouver un professionnel de la santé oculaire, de prendre rendez-vous et de s’y présenter. Personne n’effectue de suivi en l’absence d’un dépistage annuel, et les provinces canadiennes ne disposent pas de programmes de dépistage systématique. Un tel programme permettrait de déterminer tous les patients admissibles, de les inviter à subir un dépistage selon un calendrier récurrent, de communiquer avec toute personne qui manque un rendez-vous et d’assurer la couverture de la population de manière responsable. Ce type de programme pourrait grandement changer les choses pour la population canadienne.
Le dépistage au point de service constitue une autre façon d’améliorer l’accès, c’est-à-dire procéder au dépistage là où le patient se trouve déjà, qu’il s’agisse du cabinet de leur médecin de famille, d’une clinique pour personnes diabétiques, d’un centre de santé communautaire ou d’un autre lieu approprié. Cette façon de faire élimine un obstacle majeur, puisque les personnes peuvent subir un dépistage lorsqu’elles se trouvent déjà en consultation plutôt que de devoir fixer un second rendez-vous. Dans le cas d’un parent qui doit faire garder son enfant pour pouvoir consulter un médecin ou d’une personne ayant peu de possibilités de s’absenter du travail, le fait de subir un dépistage durant une consultation pour un autre problème constitue un véritable incitatif.
Les programmes de dépistage au point de service fonctionnent déjà avec succès dans plusieurs régions du Canada. Les modèles incluent des équipes de dépistage, dans le cadre desquelles des techniciens formés se déplacent avec de l’équipement portatif et un ophtalmologiste hors site examine les images, ainsi qu’un dépistage en pharmacie, des programmes dirigés par du personnel infirmier, la téléophtalmologie et un dépistage assisté par l’IA. L’élargissement de ces programmes et leur intégration de façon plus systématique partout au pays pourrait avoir une influence considérable sur l’accès.
Ces modèles permettent aussi des options mieux adaptées sur le plan culturel. En effet, le dépistage peut se faire d’une manière qui respecte les besoins uniques des populations autochtones, des nouveaux arrivants au Canada et des populations rurales. L’offre de soins dans des endroits où les gens ont une langue, une culture et une communauté en commun peut contribuer à une plus grande adoption du programme.
Pour les communautés qui ne possèdent pas un nombre adéquat de professionnels des soins oculaires, cet accès peut être synonyme d’un énorme soulagement. Des études récentes montrent que le Canada ne compte que 3,35 ophtalmologistes par 100 000 habitants, et que bon nombre de ces spécialistes travaillent dans de grandes villes, loin des communautés rurales. Le dépistage au point de service diminue la nécessité pour les patients de se déplacer pour voir un spécialiste, puisque seuls ceux ayant un résultat préoccupant doivent se présenter en personne à un rendez-vous. Pour les habitants des collectivités accessibles uniquement par avion ou qui habitent à plusieurs heures de route d’un spécialiste, cela rend les soins considérablement plus gérables et permet de réaliser des économies importantes.
Et le fardeau financier doit être pris en compte. Avec des coûts directs de traitement de la RD estimés à 250 millions de dollars en 2020, les arguments économiques en faveur d’une intervention sont solides. Ce chiffre – qui exclut les pertes de productivité, les coûts liés aux personnes soignantes et les pertes de bien-être – sous-estime probablement largement le coût total réel.
Ensemble, tous ces points constituent une occasion importante d’améliorer les résultats et de réduire la perte de vision pour la population canadienne. La prestation des soins de santé au pays relève des provinces et des territoires, mais le gouvernement fédéral détient les outils permettant de transformer une mosaïque de programmes régionaux de dépistage de la RD en un cadre systémique uniforme. Il est difficile de ne pas voir la valeur que représente ce type d’investissement.
Orbis Canada
La rétinopathie diabétique | can.orbis.org
Avec la contribution de :
Armaan Jaffer, Research Analyst
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