Situation des soins oculaires au Canada

La santé oculaire est une question universelle qui définit notre capacité à apprendre, à travailler et à participer aux activités de la vie quotidienne. Bien qu’environ 2,2 millions de Canadiennes et Canadiens déclarent présenter une déficience visuelle, des millions d’autres sont à risque d’être atteints d’affections dont le dépistage précoce permettrait d’en ralentir considérablement l’évolution. La déficience visuelle englobe la perte de vision ou la cécité – qui correspond à l’incapacité partielle ou complète de voir – causée par des affections qui touchent les yeux, les nerfs optiques ou les parcours visuels du cerveau.

Au Canada, les principales causes de basse vision ou de cécité incluent les erreurs de réfraction non corrigées, les cataractes, la dégénérescence maculaire liée à l’âge, le glaucome et la rétinopathie diabétique. Bon nombre de ces affections sont évolutives et irréversibles, et elles compromettent gravement l’autonomie et la qualité de vie.

Les facteurs déterminants de la basse vision ou de la cécité incluent une population vieillissante, la hausse des cas de maladies chroniques (diabète, hypertension), des événements aigus comme un AVC et un manque de sensibilisation du public et d’accès équitable à des soins oculaires abordables. Il est possible de retarder l’évolution d’un grand pourcentage de ces affections si elles sont détectées et traitées suffisamment tôt.

Répercussions économiques et sociales

En 2019, on estimait le coût total entraîné par la perte de vision au Canada à 32,9 milliards de dollars. Ce coût est de nature multiple, et comprend les dépenses directes en soins de santé et les coûts sociaux indirects.

Les coûts sociaux de la perte de vision découlent de la perte de revenu attribuable à une diminution de la participation à la population active et aux difficultés économiques vécues par les personnes et leurs familles. De nombreuses personnes sont incapables de poursuivre leurs études ou de conserver leur emploi. Au-delà des défis financiers, le paradigme actuel oublie souvent de tenir compte des conséquences qu’entraîne la perte de vision dans la vie quotidienne et l’autonomie des personnes. La perte d’autonomie a des conséquences majeures sur la santé mentale, la dignité et les relations personnelles des personnes atteintes. Ces conséquences font de la perte de vision l’un des problèmes de santé les plus importants au Canada. Toutefois, puisque la perte de vision n’est généralement pas perçue comme une maladie potentiellement mortelle, bien souvent ses répercussions majeures sur la vie quotidienne et l’autonomie ne sont pas prises en compte dans les domaines prioritaires de santé publique et de sensibilisation.

Les conséquences de la perte de vision vont bien au-delà des coûts directs pour les soins de santé. En 2019, on estimait le coût total du fardeau sur le bien-être qu’entraîne la perte de vision à 17,4 milliards de dollars, comparativement à 15,6 milliards de dollars en coûts directs pour les soins de santé. Cette situation donne à penser que le plus grand fardeau de la perte de vision est d’ordre social plutôt que clinique, et a une incidence sur l’autonomie, la qualité de vie et le bien-être général.

Il existe une occasion importante de réaliser des économies à long terme grâce à la prévention et au dépistage précoce.

Malgré les conséquences largement répandues de la perte de vision, les services de santé oculaire sont en grande partie séparés du système de santé général, et les conséquences sociales et économiques sont souvent sous-estimées.

L’accès à des soins oculaires complets au cours d’une vie est limité par l’absence d’un cadre commun en matière de soins, de remboursement et de services entre les provinces et les territoires. Bien souvent, les soins oculaires sont séparés du système de santé général, bien que la perte de vision soit couramment associée à d’autres incapacités prises en charge par le système, notamment les problèmes de santé mentale. Les obstacles à des soins équitables sont exacerbés par les contraintes financières attribuables à des technologies d’assistance coûteuses ainsi qu’aux frais médicaux indirects liés au transport et à l’hébergement.

L’occasion à saisir

La Stratégie nationale sur les soins oculaires donne l’occasion au Canada d’améliorer les résultats pour la santé oculaire de l’ensemble de la population canadienne.

Nous saluons cette Stratégie, qui servira de catalyseur pour renforcer l’accès aux soins, améliorer l’intégration des systèmes, consolider la position du Canada à titre de pays chef de file en recherche sur la santé oculaire et faire la promotion de la prévention et d’une détection précoce.