Contribuer à l’élaboration d’une Stratégie nationale sur les soins oculaires
Au Canada, la santé oculaire est un problème de santé publique crucial, mais pourtant sous-estimé, alors que plus de 2,2 millions de Canadiennes et Canadiens ont une déficience visuelle et que des millions d’autres sont à risque d’être atteints de problèmes de vision. Le fardeau économique est considérable – estimé à 32,9 milliards de dollars annuellement – en raison des coûts des soins de santé, des pertes de productivité et de répercussions sociales plus larges.
Malgré cette situation, le système canadien de santé oculaire demeure fragmenté, inéquitable et insuffisamment intégré aux cadres généraux des politiques sur la santé. La Coalition des partenaires en santé oculaire (CPSO), qui représente une voix nationale unifiée dans le secteur des soins oculaires, présente un ensemble de recommandations fondées sur des données probantes et issues d’un consensus pour orienter la Stratégie nationale sur les soins oculaires du gouvernement fédéral.
Même si la voie à suivre est complexe, l’établissement d’un leadership et de mécanismes de reddition de comptes à l’échelle nationale est essentiel pour aller de l’avant et améliorer l’équité de l’accès, intégrer les systèmes de soins, renforcer les capacités relatives aux données et à la recherche et mieux renseigner le public. Ensemble, ces mesures positionneront le Canada à titre de chef de file mondial de la santé oculaire, tout en améliorant les résultats et en réduisant les coûts du système à long terme.
Le problème
La perte de vision n’est pas qu’un enjeu clinique : il s’agit d’un problème social et économique qui a des répercussions sur l’autonomie, la participation à la vie active et la qualité de vie. Pourtant, elle ne se situe pas suffisamment haut dans l’ordre des priorités du système de santé canadien.
Principales lacunes systémiques :
- Prestation fragmentée des soins dans les provinces et secteurs
- Accès inéquitable aux services, instruments et services de réadaptation
- Sensibilisation du public limitée et retard dans la détection
- Infrastructure de données insuffisante pour orienter la prise de décision
- Manque de leadership coordonné au fédéral
Sans intervention, ces lacunes prendront de l’ampleur avec le vieillissement de la population canadienne et l’augmentation des taux de maladies chroniques.
Priorités stratégiques
1. Établir un leadership national et des mécanismes de reddition de comptes
Une mise en œuvre efficace nécessite une gouvernance claire. Le gouvernement fédéral doit :
- Créer un bureau de la santé oculaire pour coordonner l’exécution de la Stratégie, les données et la recherche.
- Établir un comité d’orientation stratégique composé d’experts cliniques, de chercheurs et de personnes ayant une expérience vécue.
Ces structures garantiront un leadership continu, la responsabilisation et l’alignement dans l’ensemble des provinces et territoires.
2. Faire progresser l’accès équitable à des soins oculaires
Au Canada, l’accès à des soins oculaires n’est pas uniforme et est souvent déterminé par la géographie ou le revenu. Un leadership fédéral est nécessaire pour :
- Repérer et éliminer les lacunes de couverture au moyen d’un audit national.
- Élargir les volets de financement du fédéral pour les populations mal desservies.
- Collaborer avec les provinces et les territoires pour atteindre une uniformité pancanadienne dans les services et les technologies d’assistance.
- Élaborer des modèles de soins adaptés sur le plan culturel en collaboration avec les communautés autochtones.
3. Bâtir un système de soins intégrés et centré sur la personne
Les soins oculaires doivent être intégrés au système de santé global. Voici les mesures clés à prendre :
- Élaborer des parcours de soins coordonnés, de la prévention à la réadaptation
- Renforcer la capacité des soins primaires pour une détection précoce et une orientation vers des spécialistes.
- Soutenir la planification de la main-d’œuvre et la pérennité dans tout le continuum des soins.
Un système intégré permettra d’améliorer les résultats pour les patients et de réduire l’inefficacité.
4. Renforcer les infrastructures de données et de recherche
Le Canada ne dispose pas des données nécessaires pour planifier et évaluer de façon efficace les services de soins oculaires. Le gouvernement fédéral doit :
- Élaborer un cadre national de données doté d’indicateurs normalisés.
- Investir dans un financement attitré à la recherche en santé oculaire dans les domaines clinique, de la santé publique et social.
Ce cadre permettra d’établir des politiques fondées sur des données probantes et de renforcer le leadership du Canada dans le domaine de la recherche en santé oculaire.
5. Rehausser la sensibilisation du public et la prévention
La perte de vision évitable demeure un enjeu majeur. Il est nécessaire d’adopter une approche nationale pour :
- Lancer une campagne de sensibilisation du public axée sur la prévention et la détection précoce.
- Améliorer la compréhension des parcours de soins et des rôles des différents fournisseurs.
- Éliminer la stigmatisation associée à la perte de vision.
La prévention et une intervention précoce permettent de réaliser des économies de coûts et une amélioration de la qualité de vie considérables à long terme.
Conclusion
Le Canada se trouve face à une occasion déterminante de transformer son approche relative à la santé oculaire. La Stratégie nationale sur les soins oculaires peut servir de pierre angulaire pour un système plus équitable, intégré et pérenne.
La Coalition des partenaires en santé oculaire réunit une expertise nationale, des expériences vécues et un consensus à l’échelle du secteur. Nos recommandations sont pratiques, fondées sur des données probantes et alignées sur les priorités fédérales.
En agissant dès maintenant, le gouvernement fédéral peut :
- Améliorer les résultats pour la santé de millions de Canadiennes et de Canadiens.
- Réduire le fardeau économique à long terme.
- Positionner le Canada à titre de chef de file mondial des politiques sur la santé oculaire et de l’innovation.
Une stratégie nationale coordonnée et dotée de ressources adéquates n’est pas seulement nécessaire : elle est aussi réalisable.
Nous devrions plutôt nous poser la question suivante : Quel est le coût de ne rien faire?